Face à l’échéance du 1er septembre, les directions financières se sont concentrées sur le choix d’une plateforme agréée. Pour Christiaan Van Der Valk, directeur des affaires réglementaires de Sovos, et Virginie Zakowic, responsable avant-vente chez Arondor, il ne s’agit pourtant que du point de départ d’une transformation durable. Explications.
Nous y sommes ! Depuis le 1er septembre, les grandes entreprises et les ETI doivent émettre leurs factures au format électronique, les PME et TPE suivront en 2027. Toutes, en revanche, doivent pouvoir en recevoir dès la première échéance, via l’une des quelque cent plateformes agréées (les ex-PDP), immatriculées par la DGFiP. Éditeur mondial de la conformité fiscale présent dans plus de 70 pays, Sovos opérait jusqu’ici en France dans l’ombre. « Nous y sommes présents depuis près de 20 ans, mais en marque blanche, explique Christiaan Van Der Valk. C’est la réforme qui nous amène à sortir de l’ombre, puisqu’une plateforme agréée doit opérer sous sa propre marque. »
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La conformité avant la transformation
Le premier réflexe a souvent consisté à voir la réforme comme une occasion de tout moderniser. Une erreur de séquencement, prévient le responsable de Sovos. « Les entreprises ont eu des années pour se préparer, et beaucoup ont pris le projet un peu à la légère. La réforme permet d’automatiser, mais la conformité doit prévaloir, et beaucoup d’appels d’offres ont confondu les deux. » Virginie Zakowic, responsable avant-vente chez Arondor, intégrateur partenaire de Sovos, accompagne les entreprises dans le déploiement de ces solutions. Elle plaide pour une montée en charge ordonnée. « Notre recommandation est d’adopter une approche progressive. Il faut d’abord assurer la conformité réglementaire, mettre en place les flux avec une plateforme, puis capitaliser sur cette infrastructure pour moderniser les processus. Les projets qui réussissent sont ceux qui distinguent clairement le chantier réglementaire urgent des transformations métier à plus long terme. » Mais cette montée en charge progressive ne pèse pas du même poids sur toutes les entreprises. Car si le calendrier s’impose à chacun, le choix de plateforme, lui, dépend étroitement de la taille de l’entreprise et de son empreinte internationale.
Éviter le piège du « pays par pays »
« Comme la plateforme agréée est une nouveauté, on en parle comme d’un choix stratégique. Sur le socle réglementaire français ou autre, les plateformes agréées répondent aux mêmes exigences. Le choix devient en revanche stratégique dès lors qu’une entreprise doit gérer des environnements complexes ou plusieurs pays », souligne Christiaan Van Der Valk qui rappelle que « pour une PME, la PA doit simplement être embarquée dans les outils déjà utilisés. »
Virginie Zakowic dessine la même ligne de partage. « Pour les petites entreprises qui ne traitent que des flux franco-français, la stratégie la plus sécurisante consiste à s’appuyer sur leur expert-comptable, qui joue le rôle de tiers de confiance et déploie des outils simples et packagés. » Le vrai sujet se déplace pour les organisations de plus grande envergure. « La question n’est pas de savoir quelle plateforme choisir, mais comment être conforme sur l’ensemble de leurs flux, précise Christiaan Van Der Valk. L’erreur classique, commise depuis presque deux décennies, consiste à traiter le sujet pays par pays. Après trois, quatre ou cinq pays, cela devient ingérable. » La clé ? Aborder la facture électronique de manière plus globale. C’est d’ailleurs ce que recommande également Virginie Zakowic qui explique : « Choisir une solution purement locale pour répondre à la seule obligation française devient vite coûteux lorsque le groupe doit ensuite gérer d’autres pays. Multiplier les solutions locales crée un patchwork technologique qui fait exploser les coûts de maintenance. » Face à ce patchwork, l’harmonisation européenne pourrait sembler une planche de salut. La directive ViDA, adoptée en mars 2025, ne comblera pourtant ces écarts entre régimes nationaux qu’à la marge, faute d’unanimité fiscale entre États membres. « C’est un effort courageux, mais tardif : cinq à dix pays européens avaient déjà lancé leur réforme, tempère Christiaan Van Der Valk. La directive harmonisera certaines choses, surtout le format des factures et quelques processus, mais cela reste très léger et laisse la porte grande ouverte à des divergences encore considérables. » Plutôt qu’un obstacle, Virginie Zakowic y voit une invitation à changer d’échelle. « La bonne réponse n’est pas d’attendre une hypothétique convergence, mais de bâtir dès aujourd’hui une architecture de conformité durable et évolutive. Les entreprises qui s’appuient sur des données fiables et une plateforme internationale capable d’évoluer disposeront d’un véritable avantage stratégique pour absorber les prochaines exigences. » Quand Sovos porte la complexité réglementaire, Arondor porte l’intégration de cette conformité dans le SI et les processus de l’entreprise. « Pour les grands groupes, l’enjeu consiste également à éviter de répliquer cette complexité réglementaire dans le SI. L’objectif est de construire une architecture capable de connecter les ERP et les processus métiers à une plateforme internationale, tout en conservant un modèle d’échange homogène », note Virginie Zakowic.
Septembre 2026 : le point de départ d’une transformation continue…
Loin d’être un aboutissement, l’échéance ouvre une séquence appelée à durer. « Il y aura des dizaines d’ajustements, et la vraie complexité est là, prévient Christiaan Van Der Valk. Des pays comme le Brésil ou le Mexique, engagés il y a quinze ou vingt ans dans la réforme de la facture électronique, connaissent encore d’innombrables changements chaque année. » Pour absorber cette variabilité qui s’annonce pour des années, Virginie Zakovic insiste sur la robustesse des fondations : « L’enjeu de la qualité des données est souvent sous-estimé. Les SIRET, les numéros de TVA intracommunautaire, les fiches clients et fournisseurs deviennent critiques, car certaines erreurs peuvent entraîner le rejet automatique de la facture. Un nettoyage en profondeur des référentiels est un préalable essentiel. » Sa vision ? Elle la résume ainsi : « la facture électronique doit être vue comme un accélérateur de modernisation des directions financières. »
Du côté de l’administration, l’enjeu final dépasse la seule dimension fiscale. Avec un manque à gagner de TVA estimé, selon les sources, entre 6 et 25 milliards d’euros, elle a tout intérêt à généraliser un contrôle en temps réel. « L’administration va tout voir en permanence, jusqu’à chaque ligne de facture, et ces données ne serviront pas qu’au fisc, avertit Christiaan Van Der Valk. Le défi, pour les entreprises, est de conserver le même niveau de lisibilité sur leurs données. Si l’administration comprend mieux votre activité que vous, vous perdez le contrôle. Mieux vaut dès lors garder la main sur vos données. »
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