Comprendre le développement durable, cela commence par un état des lieux. Les changements environnementaux, sociaux et économiques sont de plus en plus marqués au regard du développement durable. Mais alors, que disent les chiffres ?

  • Les émissions mondiales annuelles de gaz à effet de serre ont augmenté de 50% ces 30 dernières années.
  • 10 millions d’hectares de forêt sont perdus chaque année en raison de la déforestation.
  • La demande mondiale en eau douce devrait dépasser l’offre de 40% d’ici 2030.
  • En 2023, environ 430 millions de tonnes de plastique ont été générés.
  • Chaque jour, l’équivalent de 2 000 camions poubelles remplis de plastique sont déversés dans les océans, les rivières et les lacs.
  • En 2022, environ 9% de la population mondiale était en situation de famine soit 735 millions de personnes (122 millions de plus qu’en 2019).
  • Plus de 50% du PIB mondial repose sur la nature.

 

Terrible constat que de voir que nous sommes si dépendants de notre écosystème pour vivre mais que nos actions contribuent fortement à son extinction. C’est dans ce contexte que l’on a construit le concept universel de développement durable. Théoriquement, il a été formalisé pour la première fois en 1987 dans le rapport Brundtland (Premier Ministre Norvégienne, présidente de la Commission Mondiale sur l’Environnement et le Développement) qui le définit ainsi : “Répondre aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs ». Nous sommes allés plus loin en donnant au développement durable un statut officiel au Sommet de la Terre à Rio en 1992. Et concrètement, les Nations Unies ont fixé 8 Objectifs du Millénaire (ODM) pour 2015 en 2000. En 2015, 193 Etats se sont mis d’accord pour fixer les 17 Objectifs de Développement Durable (ODD) à réaliser d’ici 2030, qui ont succédé aux ODM.

Nous avons vu les notions de la théorie et de la pratique, il est temps de les détailler.

 

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Les bases fondatrices du développement durable

Le développement durable a un socle, un socle holistique qui regroupe trois piliers essentiels d’une stratégie éco responsable, socialement juste et écologiquement viable. Nous l’avons vu dans les chiffres, tout est interconnecté et les impacts sur les trois piliers que nous allons voir sont les conséquences d’un triangle de l’inaction là où le concept de développement durable prescrit un cercle vertueux.

En réalité, tout repose sur 3 piliers qui sont à l’équilibre et qui sont indissociables :

  • Le pilier environnemental : il vise à protéger nos écosystèmes et la planète. On parlera alors de lutte contre le changement climatique, de préservation de la biodiversité, de la réduction des pollutions ou encore de la gestion durable des ressources naturelles.
  • Le pilier économique : il cherche à concilier croissance et responsabilité. Cela concerne l’innovation durable, l’économie circulaire, la création d’emplois durables ou la production et la consommation responsable. En d’autres termes, c’est créer de la richesse de manière responsable et éthique.
  • Le pilier social : il place l’humain au cœur du développement ce qui implique la réduction des inégalités, l’accès à l’éducation, à la santé et à l’alimentation, le respect des droits humains et la cohésion sociale.

Un développement ne peut être qualifié de durable que si ces trois piliers sont pris en compte simultanément. Prenons l’exemple du traitement des déchets : une consommation raisonnée et donc responsable entraîne une diminution du nombre de déchets ce qui implique une diminution des pollutions, prenons la pollution plastique des océans ou des sources d’eau douce des populations, par exemple. Cela a aussi un impact bénéfique sur la biodiversité. On retrouve dans le cercle une amélioration de la santé des habitants se trouvant à proximité des zones polluées et la diminution des emplois aux conditions de travail indécentes du secteur du recyclage souvent situé en Afrique et en Asie.

Derrière cette théorie du développement durable se trouvent des outils d’application concrèts du concept.

 

La matérialisation du développement durable

Nous les avons cité en introduction, le développement durable se matérialise par les Objectifs de Développements Durable ou ODD qui ont succédé, en 2015, aux Objectifs du Millénaire (ODM).

Les ODD sont au nombre de 17 et s’inscrivent dans l’Agenda 2030 des Nations Unies. Ces objectifs constituent une feuille de route commune pour relever les grands défis mondiaux.

On retrouve :

  • ODD n°1 : Éradication de la pauvreté
  • ODD n°2 : Faim zéro
  • ODD n°3 : Bonne santé et bien-être
  • ODD n°4 : Éducation de qualité
  • ODD n°5 : Égalité entre les sexes
  • ODD n°6 : Eau propre et assainissement
  • ODD n°7 : Énergie propre et d’un coût abordable
  • ODD n°8 : Travail décent et croissance économique
  • ODD n°9 : Industrie, innovation et infrastructures
  • ODD n°10 : Inégalités réduites
  • ODD n°11 : Villes et communautés durables
  • ODD n°12 : Consommation et production responsables
  • ODD n°13 : Lutte contre les changements climatiques
  • ODD n°14 : Vie aquatique
  • ODD n°15 : Vie terrestre
  • ODD n°16 : Paix justice et institutions efficaces
  • ODD n°17 : Partenariats pour la réalisation des objectifs

Ces objectifs sont universels et ils montrent que le développement durable ne se limite pas à l’environnement, mais englobe aussi les dimensions sociales, économiques et humaines.

Toutefois, ce sont les lignes directrices de l’action à mener en matière de développement durable à l’échelle mondiale mais où en est-on aujourd’hui ?

 

L’état des lieux du développement durable aujourd’hui

Un rapport de l’ONU de 2024 a fait un état des lieux sur l’avancée des ODD dans le monde :

  • Seulement 17% des cibles des ODD (au nombre de 169) sont, à ce jour, en bonne voie pour être atteintes en 2030
  • Près de la moitié sont en progrès minimes ou modérés
  • Plus d’un tiers sont au point mort voire en régression
  • 23 millions de personnes supplémentaires sont tombées dans l’extrême pauvreté
  • Le nombre de décès civils dans les conflits armés a explosé en 2023

Les freins ont été nombreux ces dernières années et les enjeux et défis sont autant plus grands.

Parmis ces défis pour l’atteinte des ODD à l’horizon 2030, il y a :

  • L’escalade des conflits et le contexte géopolitique
  • Les catastrophes naturelles et sanitaires
  • Les écarts de richesse : 80% des richesses sont consommées par 20% de la population.
  • L’appauvrissement des ressources naturelles
  • La consommation en masse
  • La pollution
  • L’emploi et la transition écologique
  • L’accès à l’eau, à l’énergie, à la nourriture

L’ONU a donc défini 3 priorités : le financement du développement, la paix et la sécurité, et l’investissement et les partenariats.

 

La finance au coeur du développement durable

La première priorité de l’ONU est bien le financement du développement. Mais comment s’opère ce fait ce financement ?

La notion d’argent dans le développement à l’échelle mondiale est une question épineuse. Le monde est rempli d’argent mais il n’y en aurait pas assez et l‘inégalité est un très gros problème. L’aide est encore mal répartie. Selon un rapport de l’ONG Oxfam, depuis 2020, ce sont environ 42 000 millions de dollars qui seraient allés au 1% des plus riches.

Au-delà des inégalités, il faut parler des accords de financements mondiaux qui n’iraient pas assez loin et ne répondent donc pas aux exigences et à l’urgence des enjeux de développement durable aujourd’hui. On le voit, on le sait, il faut redresser la barre. Il faut une augmentation immédiate du financement du développement durable et il faut le faire avec un sérieux de plomb. Les pays les plus riches doivent tenir leurs engagements en matière d’aide publique au développement. A titre d’exemple, en 2022, la majeure partie de l’enveloppe est allée aux réfugiés ukrainiens entraînant une baisse de 7,4% de l’aide aux pays d’Afrique, qui restent parmi les plus pauvres du monde. Il y a la crise de la dette vous me direz. En réalité, c’est une complication complexe qui est gérée par les Etats, les Nations Unies, la Banque mondiale etc.

RSE

Les services publiques restent la principale source de financement de cette aide au développement mais cela implique un effet boule de neige : taxer les particuliers et entreprises à hauteur de leur capacité mais cela dépend du bon fonctionnement de l’économie c’est à dire dans laquelle les industries génèrent du profit ou que les personnes trouvent du travail décent par exemple. Ce que l’on sait est que ce sont les banques multilatérales de développement qui portent largement l’aide au développement.

Le financement peut aussi être privé. Les acteurs du monde entrepreneurial et économique ont une obligation de responsabilité sociale et environnementale et cela se constate avec de plus en plus de réglementations en la matière. A noter que ce sont principalement par le biais des garanties et des investissements directs dans les entreprises que le financement privé pour le développement durable se met en marche.

Ce qu’il faut reconnaître c’est que, selon l’OCDE, les finances publiques et privés sont dans une courbe d’augmentation croissante chaque année depuis la dernière décennie. Toutefois, on en revient au constat initial, les financements restent insuffisants pour répondre à la crise du développement à l’échelle mondiale et que ces derniers sont souvent mal investis.

L’OCDE réfléchit aussi à d’autres sources de financement comme les marchés de la dette et les investisseurs institutionnels. A voir.

Allons maintenant un peu plus dans le détail du rôle des différents acteurs en matière financière, réglementaire et de pouvoir d’agir.

 

Les parties prenantes en action

Les Etats et organisations internationales

La grande majorité de la mise en action des Etats et  des organisations internationales vient par la voie réglementaire. On cite évidemment l’Accord de Paris, historique, de 2015. Plus de 5 008 lois et politiques climatiques ont été proposées dans le monde. La CRSD et la CS3D ont fait leur entrée sur la scène réglementaire européenne en termes d’obligations de production d’un rapport de durabilité et de devoir de vigilance pour certaines grosses entreprises à compter de 2027.

On va aussi raisonner en termes de politiques publiques et des réglementations nationales. Nous avons déjà parlé de fiscalité mais il y a aussi les réglementations environnementales. En France, il y a un cadre juridique sur la gestion des déchets, sur la réduction de la consommation d’énergie, sur la restauration durable, sur la mobilité durable, sur l’eau, par exemple. Mentionnons également l’implication dans la coopération internationale et la promotion du développement durable.

 

Les entreprises

Commençons ce paragraphe par quelques chiffres :

  • 75 % des dirigeants estiment que le développement durable améliore la performance commerciale, et 76 % déclarent qu’il constitue un pilier central de leur stratégie d’entreprise.
  • Chaque hausse de 10 % accordée à l’importance des enjeux de développement durable se traduit par une augmentation moyenne de 1,4 % de la valeur de l’entreprise.

Mais alors le développement durable ne serait pas dénué d’intérêt ? Outre les avantages financiers et commerciaux, les entreprises se doivent de s’investir dans la responsabilité environnementale et sociétale. Pourquoi ? Pour réduire leur impact environnemental, améliorer les conditions de travail de leur collaborateur.ices, contribuer aux ODD par exemple.

Elles peuvent aussi avoir un devoir en matière d’innovation verte et d’économie circulaire.

Les entreprises sont des acteurs clés de la transition durable, elles sont de puissants vecteurs de changement.

 

Les citoyens

Que dit le marché ?

  • À l’échelle mondiale, 72 % des consommateurs se disent prêts à payer davantage pour des produits durables
  • 34 % sont plus enclins à acheter des produits respectueux de l’environnement.
  • En 2023, 64 % des consommateurs dans le monde se déclaraient préoccupés par le changement climatique.

Serions nous bien plus concernés par la question que nous pouvons le croire ?

Nous, citoyens, que pouvons-nous faire avec nos moyens pour œuvrer en faveur du développement durable ? Plein de choses.

  • S’informer et sensibiliser
  • Consommer moins et équitable
  • Réduire le gaspillage
  • Privilégier les mobilités douces
  • Réduire ses consommations d’énergie

Et pour vous ce serait quoi ?

On peut aussi parler de la règle des 5 R : refuser, réduire, recycler, rendre à la terre (composter).

 

En bref,

Le développement durable est un défi majeur du XXIe siècle et c’est une notion transnationale. Elle rassemble tous les acteurs : Etats, citoyens, ONG, entreprises. Pourquoi c’est urgent ? Urgence climatique (augmentation des températures et événements extrêmes), perte de biodiversité, épuisement des ressources (concept du “Jour de dépassement” ou “Overshoot Day” qui symbolise la date à compter de laquelle l’humanité a consommé l’ensemble des ressources que la planète peut régénérer en une année. En 2025, c’était le 24 juillet).

C’est un processus inclusif et de long terme. C’est aussi une opportunité de repenser notre modèle de société. Le développement durable favorise l’innovation, renforce la solidarité et encourage une meilleure qualité de vie. Les ODD offrent un cadre clair pour avancer collectivement vers un avenir plus équilibré.

Le développement durable exige un investissement conséquent, mais c’est l’effort le plus judicieux que nous puissions faire. L’avenir de tous en dépend.

Comme a dit Winston Churchill : “Mieux vaut prendre le changement par la main avant qu’il ne nous prenne à la gorge”.

 

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